Daniel Wiame, nous raconte sa venue à Lustin et la construction de sa maison familiale dans les années 1948-1951.

 Misère noire, un instant de luxe et vue sur la richesse / mes premiers contacts avec eux ! 

‘’ EVOCATION OUVERTE ‘’ !

Avant-propos :

Pendant la longue absence sporadique et ‘’ forcée ‘’ de mon père, si dès-avant la guerre, ma mère, Marguerite, avait été ‘’ employée de maison ‘’ chez les CARLI (une famille cossue de Waterloo) dont la ‘’villa ‘’ était située sur la chaussée de Bruxelles, peu avant la ‘’ Petite Espinette’’, elle avait également fait l’exode avec cette famille se réfugiant pour un court temps, dans la ville de Montauban, dans le sud de la France.

Pour faire bonne suite à un fulgurant ‘’ coup de foudre ‘’ survenu pendant la kermesse annuelle de Waterloo en l’été 1938 (alors qu’elle venait d’avoir 16 ans) Georges et Marguerite finiront par se marier le 14 août 1943 dans la commune de Waterloo.

Juste avant la libération, elle avait été engagée comme vendeuse, à la fort célèbre ‘’’Union Economique ‘’, située dans la haute partie de la chaussée de Louvain à Saint-Josse.

Ainsi, s’habituant à la ville, à son travail la mettant en contact avec une nombreuse clientèle, avec les vêtements ‘’ à la mode ‘’, et tous les avantages qu’apportaient alors les clients

‘’ citadins’’ encore un peu argentés, il nous faudra comprendre les frustrations qui lui viendront un peu plus tard avec un déménagement précipité vers des lieux où jamais, elle ne se sentira bien !

De plus, alors déjà, elle ressentait des débuts, et mêmes des pointes de douleurs qui lui faisaient de plus en plus mal ; douleurs qui parfois, la maintiendront au lit, même pendant plusieurs jours !

Elle sera soignée pour ces douleurs pendant plusieurs années ! Les médecins consultés lui confirmaient que c’étaient des douleurs d’origines nerveuses. Alors que devenues atrocement insupportables, un jeune médecin originaire d’Anvers, le docteur Bluard de Dave, consulté, lui fit révélations que ces douleurs avaient pour seules origines, de grosses pierres aux reins !

Elle en sera promptement libérée lui rendant bien rapidement bonne et acceptable santé.

Remarques :

Pendant plusieurs années, ce médecin se déplacera en vélo – mêmes par temps de neige.

Plus tard, il fera acquisition d’une Dyna-Panhard dont le moteur deux temps émettra ce bruit

particulièrement étonnant proche de la ‘’ pétarade ‘’.

Ainsi, vint juillet 1948 ! Mon père Georges, libéré, revint à la maison, rue François Libert, 3 à Waterloo –

maison de mes grands-parents maternels !

François, son frère ainé, en 1945, revenu du camp allemand de prisonniers de guerre où il y avait fait ‘’ bon séjour ‘’ depuis la défaite de 1940, avait mis sur pieds et organisé à Lustin, et en son nom propre, une société de construction qui, avec des contrats importants rapidement conclus de la meilleure façon avec le Département des Infrastructures Générales de l’Etat, s’était en peu de temps, fort bien développée.

En pleine activité, il fit donc rapidement proposition à son cadet (Georges) de venir le rejoindre là où, depuis son mariage – dès avant-guerre – avec Cécile Trinaux, habitante de ce village, il était établi et domicilié. Ce couple avait un fils, Robert, né à Lustin, avant-guerre, en ……..

Avec peu de bagages mais, avec beaucoup d’espoir et d’enthousiasme, nous fîmes donc déménagement de notre bien maigre avoir, de Waterloo à Lustin, dans un camion ouvert et déjà fort usagé, faisant partie du matériel de l’entreprise. Comme c’était au milieu de l’été, tout se passa de bonne façon ! Rien ne se perdit en route !

Cependant, j’étais ainsi ‘’ arraché ‘’ aux tendres et exclusives attentions de mes grands-parents maternels.

Remarques : Si maintenant, Lustin est devenu un village ‘’ recherché ‘’ par la bourgeoisie namuroise, avec de nombreuses nouvelles villas et fort belles maisons restaurées, dans la fin des années 40, c’était un lieu ‘’ retiré de tout ‘’ ! De multiples très petites exploitations fermières, et surtout, une grande proportion d’ouvriers carriers, d’usines et du bâtiment !

Cependant, il faut reconnaître que dans l’entité, on y trouvait 3 châteaux, et le long de la Meuse, une importante série de ‘’ villas mosanes ‘’ de haut prestige.

De plus, il faut à juste titre du reste, dire qu’il y avait aussi quelques privilégiés formant une ‘’ classe moyenne ‘’ ! Des employés impliqués dans divers secteurs, des enseignants, des propriétaires de plusieurs biens qu’ils louaient, et d’autres. Le secrétaire communal avait un statut très particulier du fait de sa fonction ‘’ administrative ‘’ gérant la commune.

François, plein de sollicitude fraternelle, proposa que nous occupions – en demi accord avec sa femme et, pour un temps – la partie gauche (deux pièces en bas et, deux pièces en haut) d’une très petite et très ancienne maison (anecdotes & photos 114b) au toit recouvert de fausses ardoises ‘’ Eternit ‘’ de format carré et de couleur noire où , comme propriétaires du bien, habitaient, dans la partie droite (la plus importante) , ses beaux-parents, déjà fort âgés, Ferdinand Trinaux et son épouse, Marie Theunissen.

Cette maison était établie dans la contrepente d’une importante élévation de terrain, avec sa façade principale embusquée jusqu’à mi-hauteur des fenêtres dans le talus excavé sur +- 3 mètres de façon à permettre, par ce dégagement de terre, l’accès aux portes d’entrée à l’avant.

Entre ce bâtiment et la ‘’ rue des Fonds ‘’, située à +- 4 mètres plus haut et distante d’une quinzaine, il y avait une espèce de prairie mal entretenue avec des herbes folles poussant en toute liberté. Un étroit chemin de terre – en forte pente – faisait jonction centrale entre cette maison et la rue présente ; presque ‘’ en surplomb ‘’.

L’ensemble du bâtiment était accessible sur la droite, par la présence d’un chemin étroit et

– dit des Acremonts – fait de gros graviers qui prenait naissance un petit peu plus haut dans la rue des fonds, et qui menait assez tortueusement du reste, vers des pâturages à bestiaux sur la droite, et vers le fond de la vallée où coulait une petite rivière enjambée par un petit pont de briques qui ouvrait sur l’entrée de la forêt couvrant les côteaux vers Dave.

Peu avant ce pont, une branche de ce chemin alors asphalté, à l’y, partait vers la gauche pour desservir quelques encore rares maisons ouvrières, et une bâtisse de facture assez basse, construite ‘’ tout en longueur ‘’, aux murs ‘’ à colombages ‘’peints en rose assez vif ! Bâtisse ‘’ campagnarde cossue et fort bien meublée à l’ancienne‘’ dont les seules occupantes – des femmes – faisaient ainsi, par le commun des villageois, appeler cette demeure fort rustique, 

‘’ Chez les Demoiselles ‘’ !

Cette branche de chemin rejoignait ainsi la rue des fonds, un peu plus bas, à hauteur du

‘’ Calvaire ‘’, fermé d’une grille fortement rouillée ; de la maison du facteur, et de celle

– toute petite et miséreuse – du ‘’ rebouteux ‘’. Cet homme fort âgé, fort discret, était souvent appelé par les villageois quand quelques maladies, blessures, brûlures, et autres mauvaises choses, les frappaient ! Il était particulièrement efficace pour contrer les brûlures.

De la neige récoltée à une période particulière, fondue, et macérant toutes sortes de plantes,

elles-mêmes recueillies dans les prairies, et les sous-bois de la région.

A grande force de prières, d’incantations diverses, qui lui faisaient perdre de grandes quantités d’énergie ‘’ tellurique ‘’, il ‘’ guérissait ‘’ avec certitude, beaucoup de maux affligeants.

Il disait tenir ces dons de son père ; ce dernier de son père, etc… suivant une longue lignée.

Jamais, il ne faisait payer ! Jamais, il ne demandait quelques autres compensations.

En faisant commerce de ses dons, il confirmait qu’il perdrait toute efficacité, et son droit à pouvoir les exercer pour le bien des ‘’ en besoins d’aides diverses ‘’.

Revenons à la description du terrain : …. De très nombreux arbres fruitiers (fort anciens et suintant de partout de la gomme – même dans les fruits) y étaient plantés. Surtout des producteurs de ‘’ prunes de Namur ‘’ et de ‘’ grosses prunes bleues ‘’. Fruits très souvent mis en garnitures de toutes ces bonnes tartes dites ‘’ paysannes ‘’ fort demandées par cette population, dans le fond, un peu rustrement burlesque, et en manque de toutes bonnes choses faites‘’ au bon sucre ‘’ à se mettre sous la dent !

Remarques : encore qu’il y en avaient – dans ces temps-là – beaucoup, bien trop tôt fortement édentés !

Aussi, pour les ‘’ garnements-maraudeurs ‘’ qui pullulaient dans les FONDS, les hautes herbes folles permettaient la dissimulation sous les arbres pendant les temps de ‘’ gavages ‘’.

Petit descriptif du ‘’ bien ‘’ occupé !

Façade avant : à gauche une fenêtre, à droite, la porte d’entrée et, à l’étage, une fenêtre.

Pignon gauche : totalement aveugle, mal cimenté et humide en permanence !

Façade arrière : à droite, une fenêtre donnant sur un évier de grosse céramique, à gauche, une porte, et à l’étage, une fenêtre pour la petite chambre arrière. 

La très petite sous toiture (le grenier) étant totalement inaccessible et très venteuse !

Tout, châssis et portes étaient faits de bois de chêne mais, avec leur grande vétusté, il n’y avait plus aucune étanchéité, de simples vitrages dont le mastic tombait en morceaux, fermaient le tout ! Aussi, froid et humidité pénétraient sans retenue dans ce bien modeste abrit ! Pour accéder à l’étage, partant de la pièce avant, un petit escalier de bois, fort étroit et fort raide, agencé en petites marches usées, et très grinçantes, faisait ainsi jonction entre le bas et le haut de cette ‘’ masure ‘’ datant d’un âge depuis longtemps révolu !

Tout était peint en émail gavé de plomb ‘’ bleu très foncé ‘’, teinte maintenue en place pendant et après la mort d’une de leurs filles ! Cette sombre couleur formait et maintenait ainsi une espèce de deuil permanent exigé de force par les propriétaires des lieux, en souvenirs ‘’ très sacrés ‘’ de la ‘’ trop tôt ‘’ bien aimée fille disparue.

Toutes les tentatives faites ensuite – mêmes les plus subtiles – pour y changer de couleur, vers du beaucoup plus clair, furent chaque fois rejetées ! Ces ‘’douloureux et persistants souvenirs ‘’ devaient rester primer en force sur la bien possible et très attendue clarté !

Très humide, très sombre, sans le moindre équipement – même pas un robinet à l’intérieur – et, un médiocre réseau électrique plus que rudimentaire, dont les fusibles lâchaient à la moindre petite surcharge ! Juste une ampoule de 60 Watts dans chaque pièce ! Et encore, pas toutes en même temps ! Il faut ici confirmer que les soquets portant ces ampoules étaient alors couplés avec deux prises ; le tout moulé dans de la bakélite de ton brun chocolat. Cet ensemble, agrémenté d’une ‘’ assiette ‘’ de fausse opaline blanchâtre, permettait une meilleure diffusion de cette bien pâle et fort jaunâtre lumière produite.

Mais, même pas moyen de mettre en activité un de ces nouveaux fers à repasser électrique(s) dont on faisait partout très grande publicité ! ….. Même dans le Reader’s Digest !

Tout se faisait dehors ! Le cabinet d’aisance : une cabane en vieilles planches, une planche horizontale avec un trou rond adapté à toutes les fesses de la famille, un couvercle de bois, et accroché à un fil de fer tordu en bonnes formes, du papier journal découpé à bonne mesure !

Souvent du format classique 15/20 !

Dans la très petite pièce arrière du rez, cet évier rectangulaire en grossière faïence blanche, fort lourd et épais comme on les trouvaient souvent dans les ‘’ buanderies ‘’ de l’époque. Avec une armoire en contreplaqué peinte à l’émail blanc cassé, un garde-manger fermé d’un fin treillis anti-envahisseurs de toutes sortes, une bonbonne de teinte bleue, lourde de gaz, et un réchaud à deux becs ; tout cela formait ainsi notre ‘’ cuisine équipée ‘’ !

Juste à côté du pignon gauche, ouvrant sur une grande parcelle de prairie (souvent convertie en champs) il y avait là, un majestueux noyer ! Magnifique en amples ramures, et produisant une grande abondance de belles noix, dès la venue de la belle saison d’automne !

Ses puissantes et volumineuses racines, infiltrées sous la maison, faisaient ‘’ sauter ‘’ de partout ce vieux carrelage fait de grandes dalles de pierres bleues rectangulaires, donnant toujours cet aspect ‘’ humide ‘’ fréquemment observé sur cette sorte de pierre

‘’indigène transpirante ‘’, et souvent directement posée sur le sol de terre battue !

Aucune protection pour bloquer – s’il n’en était besoins évidents – l’humidité montante !

Dans ces temps, l’entreprise de François prospérait bien rapidement ! Avec une équipe de très bons ouvriers à la tâche, la prospérité pointait de partout ! Les salaires et primes se faisaient importants ! Tout était ainsi devenu possible pour toute l’équipe ! Tout allait bien !

L’avenir s’annonçait ainsi positivement orienté et affermi ! Dans les ‘’ bien humbles chaumières ‘’, les épouses faisaient du bonheur et de la joie ! Tout convergeait vers la prospérité pour tous !

UNE FUNESTE ERREUR qui, dans la suite du temps, se révèlera être vraiment funeste !

François, homme reconnu de tous comme bon et généreux, vint à proposer à son frère Georges, de construire à l’avantage de ce dernier, une ‘’ belle ‘’maison de son choix !

Tout serait mis à disposition, et à très bon prix ! Matériaux, matériels, ouvriers, temps, etc…

Mais, il fallait choisir un terrain qui pouvait convenir pour une construction ‘’ simple ‘’ !

Oui, un type de maison ‘’ simple ‘’, et la désignation d’un architecte de qualité, capable du mieux et du meilleur ! Par références, on finira par le trouver plus tard, à Namur !

Pour faire plus simple, on fit les deux choix dans le même temps !

Deux funestes mais imprévisibles erreurs qui, plus tard, se révèleront fatales, seront alors commises !

La première :

Les beaux-parents de François, Ferdinand et Marie, étaient les ‘’ heureux en belle avarice’’ propriétaires de plusieurs biens et terrains acquis dans la vallée des ‘’ Fonds de Lustin ‘’ !

Juste en face de la maison décrite ci-dessus, sur le même versant de la rue des Fonds, il y avait là un terrain aussi très boisé et couvert de futaies de toutes sortes qui, fort escarpé, fait d’énormes pierres de calcaire établies à contre-sens du versant, débutant en pointe, le long de la route, allait en s’élargissant rapidement !

Plus on s’éloignait de la pointe, plus la pente était forte, et plus il y avait de ces gros rochers !

Ce terrain – vu à partir de sa pointe – était ainsi, sur sa droite, limité par la rue des Fonds ; sur sa gauche, en première partie, par un champ cultivé qui se poursuivait ensuite en pâture.

La limite arrière de ce terrain était fermée par un bois – alors propriété de l’YMCA – et fait de petits et grands arbres – dont un magnifique tilleul de plus de 20 mètres de haut.

Pour connaître la bonne orientation solaire de cette parcelle, Georges monta à la cime de ce grand arbre, et de là, connut ainsi qu’elle était acceptable !

L’est était à la pointe, le sud, le long du champ et de la prairie côté Goffioul, l’ouest étant du côté arrière !

Mes parents, décidèrent malgré tout de l’acheter ‘’ pour un prix d’amis ‘’ – disaient-ils tous !

Complément : voir en – Lustin : anecdotes et photo, le poste 130 – copie de l’acte d’achat de ce terrain et descriptions précise des impliqués du côté vendeurs et du côté acheteurs.

Acte passé chez le notaire Franz Pirson à Namur, le 18 mars 1950.

Prix de vente hors frais divers = huit mille cinq cents BEF (de l’époque).

Une fois acheté, avant de faire quelques projets de constructions, il fallut se rendre compte du pas trop bon achat, et se mettre immédiatement à ‘’ défricher ‘’avec belle et puissante ardeur !

Des broussailles de toutes sortes, des buissons partout, une multitude de grands arbres aux puissantes racines profondément ancrées ; arbres inutiles et sans valeur marchande, à l’exception du beau noyer, de deux beaux pommiers, et de deux pruniers (petites prunes de Namur) portant tous une grande abondance de bons fruits.

Sans matériels ‘’ modernes ‘’ tout fut donc fait ‘’ à la scie, à la hache, et à l’huile de bras ‘’, chaque fois que mon père, revenu de son travail du jour ou, en fin de semaine et le dimanche, pouvait se mettre à l’ouvrage.

Les bras de ma mère et les nôtres – bien que petits – seront aussi mis à pleine contribution !

Dans ces mêmes temps, mes parents se rendirent à Namur pour y consulter cet architecte dit

‘’ en vogue ‘’ qui pourrait se charger de produire les plans d’une maison ‘’ adaptée ‘’ au terrain acheté et qui répondrait aux exigences architecturales et visionnaires de ma mère qui

finira par proposer, et puis, imposer définitivement ses vues personnelles !

Villa avec soubassements de moellons indigènes aux couleurs chaudes, l’étage en briques rouges d’un type très particulier ; toutes les fenêtres et les portes seraient ‘’ entourées ‘’ de seuils, linteaux et colonnes, faits de ‘’ pierre de France ‘’. Un pourtour de la même pierre ceinturera sous forme de ‘’ seuils ‘’, trois des côtés (Nord, Ouest et Sud). Pour ce qui est de la façade arrière (côté Est) elle restera ‘’ aveugle ‘’, faite exclusivement de moellons, sans ajouts de briques et de ‘’ pierre de France ‘’.

La toiture, serait réalisée – aux exigences particulières de ma mère -, à quatre pans ‘’ brisés ‘’, avec large dépassement et, en agréments complémentaires, deux fenêtres/lucarnes de toiture, et deux cheminées extérieures recouvertes de cimentage teinté en imitation briques rouges.

Une belle couverture en ‘’ Eternit ‘’ de forme carrée et de couleur anthracite donnerait ainsi à cet ensemble, ce caractère très spécial, et très ‘’ en devenir bourgeois parvenus ‘’ !

Une fois les ébauches de plans réalisées, il fallut pourtant se rendre compte que les coûts de réalisations allaient se montrer ‘’ astronomiques ‘’ alors qu’il y avait peu d’argent personnel disponible, et un salaire de ‘’ misère ‘’ ! Ouvrier, à l’époque, était un travail peu rémunéré ! Les ‘’ quinzaines ‘’ étaient bien médiocres.

<< ….. Je veux que cela soit comme je l’ai décidé ! C’est ce que je VEUX ! >>

Ainsi parlait alors ma mère déjà fortement dominante, et fort exigeante en tout ! …… Elle avait eu une ‘’ espèce de vision ‘’ de SA maison idéale !

Mais, tout se présentait de la plus favorable façon ! En bel appoint de bras qualifiés, François et son équipe se mettraient au travail ! Creusement des fondations, des accès carrossés, érection des murs, montage de la toiture, toutes arrivées et évacuations, pose des portes et châssis, toutes finitions intérieures, etc ……. Tout était ainsi prestement prévu et planifié !

TERRIBLE NOUVELLE !!!!!

Les premiers travaux de creusement débutent bien ! Certaines fondations pour les caves et le garage se devinent déjà sur les parties déjà dégagées de terres et de roches !

Alors qu’il roule à très grande vitesse, chevauchant sa puissante moto, sur la nationale, au carrefour de Nil-Pierreux, près de Walhain (Gembloux), le lundi 21 mai à 12h20, François se tue dans un banal accident de roulage ! Un trop brusque coup de freins l’éjecte, et après une longue glissade qui lui arrache tissus, peau et chair, il se fracasse le crâne contre le différentiel du camion qui le précédait et qui, pour tourner à gauche, avait ralenti de façon importante !

Transféré en grande urgence à l’hôpital Saint-Pierre d’Ottignies, le cerveau complétement écrasé, totalement plongé dans un irréversible coma, il décédera deux jours plus tard !

(Voir article du journal Vers l’Avenir de l’époque qui relate le beau et émouvant service funèbre accompagné d’une présence militaire et de la Brabançonne jouée aux orgues et à la trompette).

La SUCCESSION se fera-t-elle ? Comment se fera-t-elle ?

Bien que son fils Robert – enfant très gâté en toutes choses -, né en ……. , s’occupe aussi un peu dans l’entreprise familiale, qui pourra reprendre ce lourd flambeau, et être le nouveau et puissant en toutes choses, chef de l’entreprise ?  Qui saura faire, saura entrainer, saura conclure de nouveaux contrats ?

Peut-être Léon ? Cet ouvrier maçon, originaire du village, et qui fait partie du 1er cercle !

Bien qu’assez ‘’ frustre et renfrogné ‘’, c’est un maçon qualifié et habile en gros travaux qui, par exemple, seront ceux faisant le renouvellement des blocs de pierres taillées des murs de l’écluse de La Plante.

Pour faire bien plus, et avoir toutes faveurs, depuis de très longs mois, il est l’amant de Cécile, maintenant juste devenue veuve, et qui sera bien trop vite exposée à la vindicte des villageois ne pouvant comprendre ce ‘’ nouvel et prompt amour si grandement exposé ‘’!

Lors de l’enterrement de François (voir article du journal l’Avenir) ils seront tous deux

à la limite de l’enlacement et de l’expression amoureuse ! Cela fera beaucoup jasez et mettre mal-à-l’aise de nombreuses personnes très attachées à la personnalité chaleureuse du défunt !

Dans les jours qui suivirent, elle fit dire – par l’intermédiaire de Léon – qu’elle ne nous avait jamais aimés, qu’elle avait été obligée par son mari de nous tolérer, et qu’elle avait décidé – en plein accord avec Léon – de rompre immédiatement tous liens, de toute nature, et de se libérer de tous engagements pris par le défunt au profit exclusif de son frère et de son épouse !

Mes parents étaient ainsi obligés de rassembler rapidement tous les matériaux, matériels et autres éléments mis à leur disposition, pour qu’un camion vienne bien rapidement tout recharger et tout définitivement emporter !

De plus, mon père était ‘’ chassé ‘’ de cette équipe très performante et fort soudée ! Plus de bons salaires préférentiels, plus de primes d’accomplissements ! OUT !

Pourtant, les engagements financiers pris par eux pour la construction de la maison courraient à vive allure ! A beaucoup trop vive allure pour pouvoir suivre le rythme des nombreux et trop lourds remboursements à faire.

Le futur bâtiment était là, semi abandonné ! Les bruits engendrés par les outils mis à l’ouvrage, s’étaient estompés puis, avaient complétement disparus …

Georges trouvant rapidement du travail dans une autre entreprise (mais aux conditions de simple ouvrier) fera l’impossible pour poursuivre ‘’ seul ‘’la construction de la maison.

Chaque jour, après son retour en vélo de Namur, où il était au travail, parfois ramenant un sac de ciment fixé sur le cadre, il se mettait ainsi au travail pendant quelques heures !

Toutes les longues journées du samedi, du dimanche, et des jours fériés, il était à l’œuvre !

Pour l’aider, ma mère et moi (alors âgé de sept ans lui préparions de notre mieux et ‘’ à l’avance ‘’ son mortier en mélangeant sur une grande tôle de fer, trois brouettes de sable et un sac de ciment. L’ajout d’eau devait toujours être très précis pour que le ‘’ mélange ‘’ réalisé soit toujours juste à point ! Ni trop dur, ni trop liquide ! De fait, un vrai bon mortier pour professionnels !

Une fois réalisé, par demi-seau ou par petit bac porté sur l’épaule (car c’était malgré tout fort lourd) nous montions l’échelle pour aller en verser le contenu dans des cuvelles faites de barils découpés à mi-hauteur pour en faire chaque fois deux ‘’ bacs à mortier ‘’ identiques.

Ces ‘’ cuvelles ‘’ étaient disposées à distance égale, sur des échafaudages faits avec les quelques matériels laissés disponibles après la rafle opérée ! Entre ces cuvelles, nous disposions les briques et les moellons nécessaires pour qu’une fois arrivés là, le maçon puisse se mettre immédiatement à son œuvre et avancer !

Chaque autre instant de notre temps, était employé à poursuivre le très ardu terrassement des parties de l’arrière encore à creuser et à dégager !

Comme dit plus haut, tant les épaisses racines, que ces lourds et volumineux blocs de pierre enchâssés à contre sens dans le talus, nous firent bien grands maux et grandes fatigues.

De ces blocs, certains, trop profondément enchâssés, sont restés en place et ont été sertis dans la maçonnerie ; leurs têtes resteront en dépassements visibles dans le mur des caves, situé côté du champ et de la prairie.

Pourtant, nous nous servions de ces grandes et solides ‘’ crampes ‘’ en acier utilisées dans le travail d’extraction de la pierre. Souvent, ma mère et moi devions nous mettre ensemble et nous y ‘’ suspendre ‘’ de façon à faire ‘’ le poids ‘’ !

A l’entrée du garage, sur le côté gauche, une de ces têtes de rocher a été ainsi maintenue ! Impossible de l’extraire ! Elle forme la solide base d’un pilastre de briques qui supporte toujours la grande terrasse avant.

Mais, l’argent manquait ! Il devint nécessaire de faire appel aux deux familles pour des prêts d’assistance urgente, et demander un second prêt aux A.G.

Les A.G. dont le courtier arrangeait toujours les choses surtout pour conforter sa commission !

Le premier prêt, le deuxième prêt, les assurances, les assurances vie(s), et toutes autres mises en place ‘’ pour le plus grand bien des parents ‘’ firent que presque tout le salaire de mon père était englouti dans des remboursements mensuels faramineux et insoutenables dans le temps !

Pourtant, il fallait toujours payer la location de la petite maison décrite ci-dessus !

Encore une dépense fort inutile, et des propriétaires qui, faisant suite au veuvage de leur fille,

étaient eux aussi devenus totalement hostiles à notre présence.

Cependant, les travaux avançaient ! Les murs des caves et du garage montaient à bonne hauteur ! Vint le jour ou il fut possible de couler la dalle de béton qui viendrait couvrir les caves et le garage !

En premier, il fallut réaliser tous les coffrages en planches de sapin, dresser les étançons faits de troncs de résineux indigènes, poser les poutrelles, poser les voliges, faire amener toute la ferraille, la plier, la ligaturer pour créer un réseau compact et cohérent pour obtenir une dalle portante, résistante, et fiable pour recevoir la suite de la construction.

Tous ces matériels et matériaux achetés entrainèrent d’autres dépenses importantes.

Le béton :

Bien que le ‘’ bétonnage ‘’ se fit en sections, il fallut en produire le volume nécessaire pour couvrir 64m² x 20 centimètres d’épaisseur – soit : 13m³ !

Toujours avec seuls mains et bras, mais maintenant, assistés de nombreux paysans du coin mis à l’ouvrage, avec des pelles, des brouettes, des houes dentées, de l’eau, du sable, du ciment, nous finirons ensemble par réaliser assez rapidement, malgré nos bras souvent de

‘’ mauviettes ‘’ – faut-il-dire – ce travail de forçats !

Une part importante du béton ainsi ‘’ préparé ‘’ était acheminée par brouettes le long de la rampe montante qui, sur le côté gauche, avait été établie. Le reste était ‘’ lancé ‘’ à la pelle, du niveau garage, sur le dessus du coffrage de façon à y faire un tas. De ce tas, d’autres pelles prenaient le béton, le lançaient plus loin encore, à la bonne place ! Une fois arrivé en place, d’autres bras prenaient le relai pour l’étendre grossièrement et ensuite, le lisser au mieux !

Remarques : Aujourd’hui, un de ces camions-bétonnières aurait fait belle affaire, et bien grand gain de temps ! Mais alors, on n’en trouvait pas encore de disponibles et mêmes, de fabriqués ! ……. De plus, avec quoi aurait-il été payé ?

Il faut reconnaître que ce façonnage du béton à la main, ne produisait pas toujours un mélange parfaitement homogène, devant apporter à chaque partie, la même résistance aux poids et à l’infiltration de l’eau !

.. Pourtant, cette fois, la dalle était coulée mais, nous étions déjà à la mi-octobre !

C’est alors que fut prise cette autre mauvaise décision devenue cependant incontournable car les maigres revenus de la famille, et les charges financières diverses, ne permettaient plus de

payer le loyer tenant à l’espace occupé dans la ‘’ petite maison ‘’ !

La surface assez rugueuse de la dalle de béton fut ainsi très rapidement enduite d’une épaisse couche de goudron répandu à froid sur toute la surface exposée, par le moyen de ‘’ brosses de rues ‘’ maniées – elles aussi – à la force des bras !

Cette épaisse couche de goudron devant bloquer définitivement toute infiltration d’eau dans les caves et dans le garage, au travers de la dalle ainsi préparée !

Faits de bois de chêne, la double-porte de garage, et les deux châssis à double battants – mais à simple vitrage – furent rapidement mis en place ! Cela fut fort aisément et fort rapidement fait car, c’est le menuisier du village, un autre François, établi en face de l’école, qui les fabriqua – sur mesures – dans ses ateliers.

Remarques : c’est là que pour la première fois, je vis cette fameuse scie de menuisier, faite d’éléments de carrés de bois travaillés et mis ‘’ à mesures avec encoches ‘’ dont la tension de la lame était produite par la torsion de fines cordes disposées et tendues au moyen d’une autre petite pièce de bois.

Une fois le béton de la dalle suffisamment sec et ferme, tous les étançons et les poutrelles furent rapidement enlevés pour former à l’extérieur, un gros tas de bois qui nous sera en partie fort utile plus tard dans l’hiver. Les poutrelles servant aux échafaudages, et plus tard, à la construction de la charpente du toit seront mises ‘’ au sec ‘’ sous enchevêtrement de tôles !

La libération des sols des caves et du garage permit alors de couler – sur une épaisseur de dix centimètres – un béton légèrement armé laissant après un bon lissage, un revêtement de sol simple mais fort acceptable.

Remarques : contrairement à ce qui est maintenant fait, l’absence totale d’une sous-couche étanche fera que très régulièrement – surtout en hiver – de larges zones de ce revêtement de sol seront imprégnées d’humidité ascensionnelle !

De fait, tout était imprégné d’humidité ! Il aurait été nécessaire d’avoir devant nous, un été complet avec des mouvements importants d’air chaud pour tout ‘’ assécher ‘’ !

De cette partie basse, tout étant ainsi ‘’dit ‘’ terminé, le déménagement de nos pauvres avoirs se fit rapidement ! En un couple d’heures, tout était transféré d’une maison inconfortable en tout, vers ces nouveaux lieux de survie, et cela, à l’entrée de l’hiver venant à grands pas.

Fort heureusement, dans les plans de l’architecte, deux cheminées prenaient départ à ce niveau ! Elles feront des merveilles pour nous donner un semblant de chaud quand le froid extérieur deviendra puissant.

Les voliges de sapin ayant fait coffrages étaient restées ‘’ collées ‘’ à la dalle de béton !

Elles servirent de couche isolante entre nous et la dalle devenue glacée à mort sous le gel !

Cette année-là, il gela à moins 14°, et la neige abondante dépassa 30 centimètres d’épaisseur !

De fait, nous étions ‘’ terrés ‘’ dans cette espèce de bunker inachevé et sans le moindre confort !

Dans les petites caves de gauche, un genre de grand bassin fait de briques et de béton faisait

office de ‘’ buanderie ‘’ ; à l’arrière un ‘’ vrai ‘’ WC de faïence blanche, mais sans couvercle ni chasse (on devait apporter son eau) nous évitait les sorties extérieures déjà bien décrites.

Dans la zone garage, un petit évier et, le seul point d’arrivée de l’eau courante, permettait de

procéder – sur le plateau d’un vieux buffet, et à l’aide d’un réchaud à gaz – à la préparation des ‘’ repas ‘’ que nous prenions sur la grande table attenante agrémentée de chaises disparates et bancales.

Le ‘’ crapaud de Louvain‘’ encastré dans l’une des cheminées, faisait office à tout ! Autres cuissons d’aliments, eau chaude, chauffage des lieux, etc….

La suite du garage était formée d’une assez grande pièce. Malgré l’ouverture restée sans porte, peu de chaleur passait d’une pièce à l’autre.

C’est là que nous étions tous les cinq ‘’ entassés ‘’ sur des lits de fortune, sur des matelas

gonflés de kapok, et souvent grelottants sous de pauvres anciennes couvertures, récupérées dans les stocks ‘’ de l’armée ‘’ !

Pourtant, nous nous organisions tant bien que mal ! Nous, les trois enfants avons encore

des souvenirs de ces temps qui, pour nous, étaient fort heureux ! Mais, nous étions totalement incapables de nous rendre compte de la grande détresse de nos parents !

En plein hiver, il n’y avait plus de travail sur les chantiers de construction. Notre père était au chômage. Chaque jour, à différentes heures, et par tous temps hivernaux, il marchait vers le haut du village pour se rendre au bureau de pointage situé dans l’entrée de la maison communale. Certains jours, il y avait deux contrôles à faire ! La baisse fort importante des rentrées financières obligera mon père à ‘’ piquer ‘’ du courant sur les lignes alors aériennes qui longeaient – fixées sur de hauts poteaux – la rue des Fonds ! Ces lignes passant à trois mètres de la fenêtre du garage, il lui était facilement possible, s’aidant d’une perche de bois, d’avancer fort subtilement et fort discrètement deux fils électriques dont les bouts dénudés et formant crochets, pouvaient d’un seul mouvement, se fixer sur les fils principaux.

Les temps de clarté étant fort réduits, nous bénéficions pendant de longues heures de cet apport vital d’énergie à bon marché ! Ces fils pirates étaient posés et retirés à temps, encore dans le noir, afin que nul passant ne puisse en déceler l’existence et nous dénoncer.

Les boites vides de conserves, bassins, bocaux, et tous autres récipients firent ‘’ merveilles’’ !

Notre seule respiration bien trop chargée d’humidité gagnant le plafond glacé, il se formait immédiatement une multitude de gouttes d’eau qui retombaient dans les pièces occupées !

Aussi, avec observation et habileté, nous étions à la tâche ! Placer les récipients aux bons endroits, et veiller à ce qu’ils ne débordent pas ! Nous y serons fort attentifs et excellents !

Une idée ‘’ saugrenue et dangereuse ‘’ !

Mon père, toujours en recherches d’idées et de solutions se voulant de qualité, se prit à vouloir fabriquer un ‘’ appareil de chauffage ‘’ révolutionnaire !

Utilisant des matériels récupérés, il nous fit assister au montage de son appareil !

Une grande tôle en cuivre – aux bords repliés pour former bassin – posée à même le sol, un tonneau en acier galvanisé couché sur le flanc et suspendu à mi-hauteur entre le plafond et le sol. Le tonneau rempli de mazout sera muni en son flanc exposé le plus bas, d’un fin tuyau de cuivre portant un petit robinet permettant de réguler le débit.

L’arrivée régulée du mazout tombant ainsi ‘’ goutte-à-goutte ‘’ sur la tôle de cuivre, il suffirait d’y mettre le feu et voilà, notre excellent chauffage de qualité !

De la chaleur partout !

Horreur ! Une puanteur de mazout brûlé, produisant une épaisse fumée noire !

Contrairement à un brûleur classique, rien n’était relié à une cheminée, mais toute cette machinerie était exposée librement au milieu de notre ‘’ chambre à tous ‘’ !

Dans les meilleurs temps, ma mère toujours fort dirigiste, fit ‘’ évacuer ‘’ le montage et fit aérer bien grandement les pièces malgré la forte froidure extérieure !

Il nous fallait repartir vers d’autres saugrenues inventions, et les adopter fort promptement !

Une Saint-Nicolas et un Noël ; la fin d’année 1951 :

Malgré la pauvreté générale, et le très peu de moyens disponibles, mes parents firent toujours des merveilles pour nous ‘’ gâter ‘’ un petit peu et nous faire avoir de la joie.

Dans ces occasions, les grands-parents paternels, Jeanne et Alphonse Wiame, de La Plante, fournissaient les cadeaux et les friandises qui nous seraient ‘’ habilement ‘’ présentés.

La veillée de Saint-Nicolas, mon père, avec une subtilité dans le geste, envoyait en l’air des

nicnacs, des biscuits ronds recouverts de sucre glacé aux multiples couleurs, des caramels, etc… qui retombaient en pluie sur nous ! Nous étions ébahis ! Emerveillés ! Il nous disait d’être fort sages car le Saint était dans la cheminée, son traineau laissé plus loin dans la neige ! Jamais nous ne surprîmes les gestes permettant le lancer ! Nous étions encore ‘’trop petits enfants’’ !

Pourtant, la soirée s’éternisant, il fallait préparer le ‘’ manger de l’âne ‘’ et le placer dans la cheminée. Bien certainement, des carottes et des navets (que nous retrouverions bien cuits dans nos assiettes quelques jours plus tard).

Attention ! Père Fouettard surveille et gare aux fesses s’il vous voit faire les méchants ! Endormez-vous bien vite sous ces mauvaises couvertures !

Matin fort heureux, tout plein de joies, de rires, de déballages, de curiosités, d’émerveillements ! Au milieu des carottes et navets brisés en grande partie par la denture puissante de l’âne, tant de choses !

Une poupée, un train, un mécano, des livres à colorier, un Buck Danny, un Tintin, des crayons de couleurs, un plumier en bois, des bonbons, des guimauves en formes de Saint-Nicolas et revêtues de chocolat, de grand lards roses et tendres, des petits cochons aussi tout faits de bon massepain, des lacets enroulés tout noirs, etc…… Une abondance de merveilles ! ….

Mêmes des chaussettes, des pulls, une paire de bottines, une culotte courte pour le prochain printemps, une petite robe pour Chantal, et avec un grand etc. de choses sans fin !

Pour nous, qui étions privés toute l’année de toutes ces choses spéciales ! Ah ! ces cadeaux du bon Saint pour nous qui faisions trop souvent tant de bruyantes bêtises ‘’ !

Noël était différent ! Nous avions toujours un sapin (volé dans la sapinière voisine) que nous garnissions de boules, de guirlandes, et de cheveux d’anges avec en plus, des bougies colorées et torsadées fixées sur des bobèches faisant pinces, et bien réparties pour, une fois allumées, la pièce plongée dans le noir, nous pouvions ainsi admirer l’ensemble lumineux bien réalisé.

Les petites flammes dansantes dans l’air que nous brassions par nos mouvements saccadés.

La crèche avec ses petits personnages de plâtre peint …

La messe de minuit au village ! Nous y allions et en revenions frigorifiés après une longue marche dans la neige épaisse ! La bûche faite en bonne pâtisserie, les cougnous garnis du petit Jésus en sucre rose, avec ce tout bon chocolat bien chaud ! Nous enfants, étions si heureux et si insouciants des difficultés de nos parents ! Il est vrai qu’ils nous les cachèrent toujours trop bien!

Ainsi finissait l’année 1951. Nous étions dans le froid piquant, et l’abondance de la neige de ce long hiver.

Mais, d’autres ‘’ aventures ‘’ nous viendraient les unes après les autres dans l’année 1952, et dans les suivantes, jusqu’à notre ‘’ exode forcé ‘’ vers Namur en 1961.

Remarques générales :

Dans ce présent récit, il me semble présenter mes actions et travaux comme étant fort importants ! Mais, l’étaient-ils vraiment ?

Pourtant, tenant compte de mon jeune âge, pour moi, ils étaient à la hauteur de la tâche, et je m’impliquais de grand cœur, en volonté, et pleinement – tels que les adultes.

Il me faut reconnaître que mon apport personnel dans l’avancement des travaux était de fait bien médiocre et fort léger, mais je pense que ma pleine implication avec les adultes devait certainement apporter un petit plus à leur détermination de voir avancer l’œuvre entreprise.

Depuis septembre 1950, j’étais incorporé dans l’école du village. Bien que ‘’ petite école communale ‘’, la discipline y était très stricte mais, la détermination des instituteurs à nous remplir de savoir, faisait grande merveille ! Avec le maître Siméon Rousseau, on ne pouvait trouver un seul élève qui aurait désiré s’absenter tant tout était fait pour nous captiver et nous intéresser de la façon la plus certaine à l’étude !

Fort de son puissant enseignement, j’avais même un jour obtenu un 10/10 pour une rédaction dont le thème était porté sur le petit ruisseau coulant dans les Fonds de Lustin.

<< Je suis le ménestrel de la vallée ! >>

Pourtant, il y avait une distance de plus d’un kilomètre à couvrir à pieds !

Le matin, par de petits sentiers et un peu de route macadamisée, il fallait ‘’ monter ‘’ jusqu’ au centre du village où se trouvait établie l’école. D’un côté, les garçons, de l’autre, séparés par un long et très haut mur de pierres, les filles !

A mi-chemin, après une prairie aux herbes folles jamais fauchées tant la pente était raide, il fallait traverser un bois assez important avant de rejoindre le plateau qui s’ouvrait, tout bordé de pâtures agrémentées de nombreux arbres fruitiers dont des mirabelliers et des reinettes étoilées – cette pomme fort succulente et tendre – dès la venue de l’automne.

On passait ainsi devant quelques petites fermettes, la maison du garde-champêtre, la petite chapelle, et enfin, la rue principale du village, la rue de l’école.

En fin de journée, le même trajet mais en descente ! C’était une belle occasion pour courir à pleine vitesse vers la rue des Fonds ! Que de dérapages, de culbutes et genoux écorchés dans des glissades incontrôlées sur l’humus gras et humide des sols de ce chemin tortueux, serpentant dans le bois. On s’y cachait parfois pour ‘’ faire peur ‘’ aux jeunes ‘’ bauchelles ‘’ qui, elles aussi, devaient emprunter ce passage propice aux ‘’ embuscades et aux combats entre clans de gamins trop en énergie à dépenser et à vouloir se faire voir de ces gamines déjà fort belles et attirantes ‘’.

Dans les belles journées, ce trajet était fort agréablement fait !

Sous la pluie, avec le verglas, le gel qui blanchissait de givre toute cette campagne, et souvent sous une épaisse couche de neige allant certains hivers à une épaisseur de 30 centimètres, il fallait y aller ! L’école nous attendait ! Pas question d’invoquer quelques dérangements, quelques autres maux – mêmes certainement souvent réels ! Cette belle jeunesse marchait sans ‘’ grogner ‘’ ! Il ne fallait rien perdre dans les moments prévus pour l’éducation ! Il fallait s’instruire pour sortir de notre gangue inculte de villageois juste bons à ‘’ berdeller ‘’ quelques mots – souvent de gros mots !

Bien que premier né à Waterloo en octobre 1944, la famille s’agrandira là aussi de Marc en juillet 1949 et de Chantal, à Lustin, en novembre 1950.

Etonnamment, jamais je ne remarquerai ma mère s’arrondir et prendre les formes de la grossesse ! Chaque fois, à chaque nouvelle naissance qui se faisait à la maison sans le moindre bruit audible, sans cris, sans essoufflements, sans les encouragements de la sage-femme qui pressait hardiment la venue de l’enfant, on me fit venir du fond du jardin, on me fit monter sur une chaise dans la cuisine, on me fit me pencher sur la table agrémentée d’une couverture et de langes de coton formant masse de tissus absorbants, et chaque fois, on me dit – sans autres préparations – que j’avais un frère et puis, l’autre fois, une sœur !

Chaque fois, après un court instant d’attention et un regard sans plus d’intérêt, je reprenais le chemin du fond du jardin y continuant mes jeux ! Pour moi, rien n’était changé ! Je ne me rendais pas compte du tout de ces nouvelles vies qui allaient accaparer père et mère et surtout, ces grands-parents de Waterloo qui m’avaient si bien et si tendrement dorloté quand, pendant près de cinq ans – comme déjà dit – j’avais été l’objet et le récipient de toutes les chaleureuses et exclusives attentions de tous.

Mais, comme dit quelques lignes plus haut, nous entrerons bien rapidement dans l’année 1952.

Avec d’autres péripéties parfois tendres, parfois rocambolesques, parfois chaleureuses, parfois tristes, parfois à tout faire, à tout ressentir ! ………Lire la suite en 2/3.

Daniel Wiame

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